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Docteur en Psychologie et ingénieur de recherche à l'INSERM, Annick-Camille Dumaret a dirigé pendant plus de trois ans l'étude portant sur la mémoire de la vie en placement et le devenir des enfants placés au village d'enfants SOS de Marseille. Entretien.

SOS Villages d'Enfants : " Qu'est ce qui vous a personnellement amenée à travailler sur le devenir des enfants placés en villages d'enfants ? "

Annick-Camille Dumaret : " J'avais déjà réalisé des études ponctuelles sur la scolarité des jeunes et la sélection des mères SOS dans les années 1980 - j'ai trouvé intéressant de boucler la boucle par une nouvelle étude sur le devenir à l'âge adulte. Ce qui m'intéressait, c'était d'analyser les effets à long terme des carences et négligences après des modifications environnementales sur le plan socio-éducatif et affectif et de découvrir dans quelles mesures la prise en charge à long terme parvient-elle à contrecarrer l'impact négatif du vécu de la petite enfance. "

SOS Villages d'Enfants : " Cela vous a-t-il été difficile de recueillir les témoignages ? "

ACD : " Non, pas du tout. Les volontaires, jeunes et moins jeunes, ont été très nombreux à accepter de témoigner de leur expérience de vie. Nombreux étaient ceux qui attendaient ce moment-là, pour remercier l'institution, réclamer, critiquer... Ceci leur a aussi permis de montrer ce qu'ils étaient devenus, témoignant par là d'une certaine estime de soi qui s'est renforcée avec le temps. "

SOS Villages d'Enfants : " Au terme de votre étude, quel regard portez-vous sur le devenir des anciens des villages d'enfants SOS ? "

ACD : " Globalement, les résultats de l'enquête sur leur adaptation et leur intégration au sein de la société offrent une image positive de leur devenir. La plupart sont satisfaits de leur situation. Souvent, c'est une " rencontre " qui a permis à une grande partie d'entre eux d'échapper à un destin difficile : une mère SOS chaleureuse et solide, un éducateur, un patron de stage, un conjoint,..."

SOS Villages d'Enfants : " Le placement en fratrie a-t-il favorisé le maintien du lien fraternel dans le temps ? "
ACD : " Tout dépend des relations fraternelles antérieures à l'admission mais aussi du type d'éducation reçue au sein du village d'enfants SOS, de la mère SOS qui a pu ou non jouer un rôle fédérateur auprès des uns et des autres. Chez certains, le placement en fratrie a renforcé la solidarité familiale surtout dans les débuts de vie adulte, puis on constate que chacun fait son chemin, en fonction de ses affinités et de l'appariement des fratries sous le même toit. Sur un très long terme et comme dans toutes les fratries, on constate qu'il y a dans la vie adulte des périodes de rapprochement et d'éloignement dans la vie des frères et sœurs. Par ailleurs, il apparaît que la cohabitation avec d'autres petits groupes de frères et sœurs a favorisé la socialisation, et aidé à créer de vrais liens pour ceux qui n'avaient pas du tout de famille. "

SOS Villages d'Enfants : " Quel regard portent les anciens sur leur passé en village d'enfants SOS ? Des années après leur sortie, comment perçoivent-ils l'association ? "

ACD : " Ils sont tous reconnaissants à l'association d'avoir vécu avec leurs frères et sœurs et d'avoir été éduqués, fait des études qu'ils n'auraient pu faire dans leur milieu d'origine. Les critiques portées sont comparables à celles que peuvent faire les adolescents dans leur propre famille ou bien concernent des points annexes au mode d'accueil ou de vie familial comme, par exemple, les rencontres avec des parents en grande difficulté, la possibilité d'aller dans la famille élargie… Il faut cependant noter que depuis le travail socio-éducatif des villages d'enfants SOS a considérablement évolué sur ces questions. "







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